« Le quatrième mur est une illusion, la vie est un spectacle, et nous en sommes les acteurs. »
— Sorj Chalandon
Ouvrage : Le Quatrième Mur
Édition : Grasset
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Commentaire
Profondément ancrée dans la tragédie de la guerre du Liban, cette citation est le cœur battant du roman de Sorj Chalandon. Le narrateur, Georges, tente de réaliser le rêve de son ami mourant : monter la pièce "Antigone" de Jean Anouilh à Beyrouth, avec des acteurs issus de toutes les factions belligérantes. Le "quatrième mur", ce concept théâtral désignant la paroi invisible séparant la scène du public, devient ici une métaphore puissante. Chalandon le fait voler en éclats pour montrer que la frontière entre la fiction et la réalité est poreuse, voire inexistante, dans l'horreur de la guerre. Les acteurs, qui jouent une tragédie antique, vivent leur propre tragédie au quotidien. La citation nous interpelle : la vie elle-même n'est-elle pas une scène où nous jouons des rôles, parfois jusqu'à l'absurde ? Dans le contexte du roman, cette idée n'a rien de ludique ; elle est empreinte de mort et de désespoir. Le "spectacle" est celui des balles, des deuils et des trahisons. En affirmant que nous en sommes les acteurs, Chalandon nous renvoie à notre propre responsabilité, à nos choix face à la "scène" de l'Histoire. C'est une réflexion amère sur l'impuissance de l'art face à la barbarie, tout en étant paradoxalement un hommage à sa nécessité.