« Le véritable courage consiste à être courageux précisément quand on ne l'est pas. »
— Jules Renard
Ouvrage : Journal 1894-1910
Édition : Gallimard, « Quarto »
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Commentaire
Cette observation paradoxale et pénétrante de Jules Renard, extraite de son célèbre "Journal", nous offre une définition du courage qui va à l'encontre des idées reçues. Loin de l'image héroïque du surhomme sans peur, Renard nous présente le courage comme une lutte intérieure, une victoire sur sa propre faiblesse. La première partie de la phrase, "Le véritable courage", suggère qu'il existe un faux courage, une apparence de bravoure qui ne serait que de l'inconscience, de l'orgueil ou de la témérité. Le vrai courage, lui, est d'une autre nature. Il ne nie pas la peur, au contraire, il la présuppose. C'est ce que développe la seconde partie de la phrase : "consiste à être courageux précisément quand on ne l'est pas". Autrement dit, le courage ne se manifeste pas en l'absence de peur, mais dans la capacité à agir malgré elle. L'acte courageux n'est pas celui de celui qui ignore le danger, mais celui de celui qui le voit, le ressent dans sa chair, tremble peut-être, mais décide néanmoins d'aller de l'avant, parce qu'il obéit à une valeur, un devoir ou une conviction qu'il juge supérieure à sa propre sécurité. Cette définition a des implications profondes. Elle rend le courage accessible à tous. Nul besoin d'être un héros de naissance pour être courageux. Il suffit d'être humain, c'est-à-dire pétri de doutes et de peurs, et de trouver en soi la force de les surmonter, ne serait-ce que pour un instant. Le courage devient alors moins un trait de caractère qu'une décision, un acte de volonté qui se renouvelle à chaque instant. De plus, la pensée de Renard nous invite à plus d'indulgence envers nous-mêmes et les autres. Reconnaître que le courage cohabite avec la peur, c'est accepter notre propre vulnérabilité et celle de nos semblables. C'est comprendre que les plus grands héros sont aussi ceux qui ont connu les plus grandes peurs. En somme, Jules Renard nous livre ici une leçon de psychologie et de morale. Il démystifie le courage pour mieux en révéler la véritable grandeur, qui ne réside pas dans l'absence de peur, mais dans la difficile et admirable victoire de l'esprit sur elle.