« Le voyage est une métamorphose, il nous change à chaque pas. »
— Christine Angot
Ouvrage : Le Voyage dans l'Est
Édition : Flammarion
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Commentaire
Dans le contexte extrêmement douloureux de ce roman autobiographique qui a valu à Christine Angot le Prix Médicis, cette citation prend un sens tragique et glaçant. Le "voyage dans l'Est" du titre n'est pas un périple touristique, mais le récit des déplacements de l'autrice, adolescente, pour rejoindre son père à Strasbourg, voyages qui étaient le théâtre de l'inceste qu'elle subissait. La "métamorphose" dont il est question ici n'est pas un épanouissement, mais une destruction, une altération profonde et violente de son être en construction. "Il nous change à chaque pas" devient alors l'expression de l'emprise progressive et dévastatrice de l'abuseur. Chaque voyage, chaque "pas" vers lui, la dépossède un peu plus d'elle-même, la transforme en l'objet de son désir. Sortie de son contexte, la phrase peut sembler être une banale invitation à l'exotisme. Mais lue à la lumière du livre, elle révèle l'un des pouvoirs de la littérature : celui de détourner les clichés pour leur faire dire l'indicible. Angot utilise cette phrase presque commune pour mieux souligner l'horreur de la situation. Le voyage, symbole d'ouverture et de découverte, devient ici synonyme de claustration et de trauma. C'est une métamorphose à rebours, une déshumanisation.